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 « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]

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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   Jeu 27 Juin - 18:35

Se préoccuper des autres, il n'en voyait pas l'intérêt. C'était déjà suffisamment galère de prendre soin de ses proches pour en plus devoir s'inquiéter de parfaits inconnus ; non merci, très peu pour lui. Il fallait sacrément aimer se créer des ennuis pour essayer d'aider quiconque croisait sa route. Ça ne servait à rien. C'était le même combat que ces chiens errants que certains s'amusaient parfois à rentrer dans leur maison – inutile, triste, stupide. A tout les coups, ils allaient finir par mourir d'une maladie quelconque récupérée dans la rue. Trop de larmes pour pas grand chose. La bestiole était morte quand même, au final, et ce peu importe le décor : lui n'en voyait pas l'intérêt. D'entre deux maux il choisissait le moindre et assimilait sans culpabilité aucune son manque évident d'empathie à une logique élémentaire. Ensuite, ce n'étaient plus que des questions de point de vue. Ça lui évitait d'avoir à se dire qu'il avait tort. Il détestait avoir tort. Alors s'il s'agissait en plus de donner raison à un humain, autant dire qu'il n'y avait plus personne. Plutôt mourir sur le champ – et il n'était pas très loin de le penser.
A la réponse de son otage, le jeune homme put donc se rétorquer sans mal qu'ils ne voyaient simplement pas la vie de la même façon. Ça ne respirait même pas tant la mauvaise foi, étonnamment. Si c'était pour obtenir le même résultat, il ne pouvait pas comprendre qu'on décide de  s'infliger plus de souffrances que nécessaire : ça le dépassait. Quand il évaluait ses chances de réussir quelque chose, son attitude s'en retrouvait inévitablement modifiée. Question de logique. Pour qu'il s'acharne sur une cause perdue, il fallait vraiment... Vraiment que ce soit important. Des étrangers ne pouvaient pas l'être. Cette personne ne pouvait pas l'être. Puisqu'il ne s'occupait que vaguement de son bien-être, il tenait à la réciproque ; apparemment, c'était mal parti.
Bras croisés sur ses genoux, Rhys fit glisser ses talons en avant sur quelques centimètres. Les muscles de ses jambes tiraient un peu. Rien auquel il ne soit déjà habitué à force de devoir sauter ou sprinter à l'improviste, mais ça restait désagréable. Son pull ne sécherait jamais, son pantalon resterait humide jusqu'à ce qu'il ne se décide à rentrer quelque part pour le faire sécher. Foutue journée. Il n'aurait plus manqué que quelqu'un monte au grenier ou que la petite chose verte ne se fasse écraser sous un meuble, tiens. La grande classe.

« Vous n’avez pas un petit peu faim ? »

Une main fatiguée passa sur son visage ; la semi-obscurité, quand il restait à ne rien faire, avait la fâcheuse tendance de le rendre somnolent. Étant donné la situation, mieux valait éviter. Il s'efforça donc à se concentrer mieux que ça,  quitte à prêter une attention exagérée à des choses qui n'en valaient pas la peine. Comme la réponse à sa question, par exemple. Visage appuyé contre ses phalanges, il songea à dire oui ; songea à dire non. Hésita. Se demanda en quoi ça ferait une différence, de toute façon – se rappela qu'il ne verrait probablement plus les habitants de cette maison une fois la pluie chassée par un soleil bienvenu. L'un dans l'autre, être sincère ou mentir ne changerait pas grand chose à sa situation. Restait à savoir ce qui le dérangeait le moins.
Pensif, peu soucieux du temps qu'il prenait pour répondre, l'Esprit finit par pousser un bref soupir. Il ne pouvait pas s'empêcher de se demander à quoi ça rimait, de poser une question pareille. Ce n'était pas comme si, une fois de plus, il y avait quelque chose à y faire.
D'autant plus qu'il n'avait pas spécialement faim. Pas plus que d'ordinaire, en tout cas – et quand on est habitué à manger peu, un peu n'importe quoi un peu n'importe quand, on devient vite incapable de dire si oui ou non notre estomac est plein. Tant qu'il ne se tordait pas de douleur et ne devenait pas maigre comme un clou...

Coudes sur ses genoux, il tendit ses bras devant lui ; croisa les doigts.

« Pas spécialement. Mais de toute façon, reprit-il, catégorique, je pense pas que tu trouves à manger dans un grenier. A part si t'aimes le bois. Ou les insectes, à la rigueur. »

Et il n'allait pas le laisser redescendre maintenant, hein ? A moins de le laisser faire et d'attendre sur la fenêtre, quitte à trouver un grenier plus vide que celui-là... Ça se valait, remarque. Il garda l'idée dans un coin de sa tête. Sait-on jamais.

« Ton nom. »

Quoi, la politesse ? Ne pas le congeler était déjà sacrément poli, pas besoin d'en rajouter.
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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   Mer 10 Juil - 3:23

On ne me reprochera pas de ne pas avoir essayé au moins, se consola Leandre, toujours appuyé contre le battant du meuble. Il s’était attendu à ce genre de réponse : nul besoin de connaître vraiment quiconque pour savoir de quel genre de rebuffades on hériterait à trop insister sur des points sans importance –ou qui semblaient n’en revêtir aucune par humilité. Presque malgré lui, le petit poussa un discret soupir qui alla se perdre dans l’air renfermé du vieux grenier. Son moral venait de chuter de façon vertigineuse et peinait à maintenir relevées les commissures de ses lèvres. Lui n’avait pas très faim, c’était une chose ; mais il avait mangé correctement il n’y avait pas quelques heures et son estomac, martel en tête, restait un invétéré fainéant. Il n’était pas bien gros, il n’était pas bien grand. Pour l’intrus, c’était une autre paire de manche et Leandre se l’imaginait déjà trop bien grelottant de froid sous la pluie, son regard triste errant à la recherche d’un endroit sec où attendre que l’averse se tût et cessât de frapper les tuiles dans une cacophonie infernale. Ah, et il prétendait ne pas avoir faim ! Sans doute ne voulait-il seulement pas déranger.

Ou peut-être ne tenait-il vraiment pas à voir son otage descendre. Ses belles paroles n’étaient là que pour brasser du vent et ne liaient pas sa langue pour de bon. Qu’y aurait-il eu d’intelligent à revenir de son plein gré se constituer prisonnier ? Le plus sage eût été de rester près de sa mère, de lui raconter toute l’histoire et fournir des excuses à profusions au sujet de son comportement imprudent. Callandra le savait aussi bien, si ce n’était mieux, que son interlocuteur apathique. Il pouvait le comprendre en quelque sorte, sans pour autant approuver sa conduite. En son for intérieur, une voix douceâtre lui chuchotait qu’il serait revenu vaille que vaille plutôt que d’avoir pour le restant de ses jours, comptés certes mais nombreux, la famine d’un sombre inconnu trempé jusqu’aux os à la recherche d’un refuge. Ne fut-ce que pour donner un ou deux biscuits, l’échelle eût à nouveau frappé le sol et le lourd battant de bois se fût abattu de l’autre côté du plafond.

Leandre déplora de ne disposer d’aucun moyen de convaincre son vis-à-vis de son honnêteté et détourna le regard. Des insectes ? Il n’était pas certain de trouver la plaisanterie très drôle. De plus en plus franchement préoccupé, il serra un peu plus l’emprise de ses bras autour de ses genoux et pria qu’il n’y eût pas la moindre once de vérité dans ces paroles serties d’ironie aussi brillante que déroutante. Manger d’affreuses bêtes à cornes, pattes et carapaces faisait partie de ces choses auxquelles mieux valait ne pas trop penser ; y en avait-il ici, d’ailleurs ? Machinalement, l’Humain inspecta le sol d’un coup d’œil circulaire : rien à l’horizon. Un couple de mites avait pourtant dû s’établir non loin, conclut-il après avoir noté un trou dans un drap qui pendait non loin de lui. Pacifiste jusqu’au bout, il refusait d’écraser ces bestioles ou de les priver de leur logis –mais il y avait des limites même à sa proverbiale bonté et elle ne tenait plus dès lors que les criminelles s’aventuraient trop près de sa personne. Il espéra qu’elles n’étaient pas du genre à piquer, faute de ne pas exister du tout –on n’était jamais trop sûr, eût dit sa mère, une allergie était vite arrivée. Là-dessus, il n’eût pas pu tomber plus d’accord.

Perdu dans une réflexion aussi inutile qu’elle était profonde, le gamin releva brusquement la tête, persuadé d’avoir raté la moitié de la phrase que venait de lâcher fort aimablement le type aux cheveux sombres. Deux mots, c’était suffisant pour comprendre. Sans se formaliser de la rudesse de la demande, Leandre répondit, déjà plus tranquille :

« Leandre, monsieur. Je demandais ça au cas où, se justifia-t-il maladroitement, parce que maman garde toujours deux ou trois trucs et que vous disiez que vous partiez bientôt, c’était pas… Hm, enfin, pour… »

Il se mordit la lèvre et chercha ses mots mais, incapable de trouver un terme moins connoté que celui-ci, il dut se résoudre à jeter dessus son dévolu :

« Pour m’enfuir. Et puis de toute façon il n’y a pas de mal, du moment que vous ne faites de mal à personne, on ne va pas vous jeter dehors, surtout par ce temps. Enfin, pas moi en tout cas », affirma-t-il.
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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   Dim 21 Juil - 18:16

Rhys avait beau ne pas être paranoïaque ou excessivement méfiant, il ne croyait pas pour autant en la bonté universelle et tout ce qui s'ensuit. En réalité, à défaut de pouvoir comprendre et appréhender les autres d'un simple coup d’œil, il leur apposait ses propres réactions. Ça permettait de rester prudent. D'aller au plus simple, au moins encombrant. Or dans le cas de son otage, clairement, il aurait tout fait pour éloigner l'agresseur le temps d'aller prévenir quelqu'un et se mettre à l'abri – à supposer qu'il ne l'aurait pas déjà assommé avec un objet quelconque, mais il peinait à s'imaginer ce gamin tentant quoi que ce soit contre lui. De là à dire si c'était une preuve d'intelligence ou de lâcheté, il n'en savait rien : c'était bien pratique en tout cas. Toujours est-il que ne pas tenter de l'éborgner ne signifiait pas qu'il ne cherchait pas un moyen de s'enfuir en ce moment-même. En filant par la trappe, par exemple. Oh, franchement, pas de quoi lui en vouloir si c'était une de ses priorités ; se faire séquestrer ne devait pas être rassurant. Surtout quand la différence de races induisait un tel fossé de capacités. Dans la situation inverse, Rhys aurait détesté se sentir impuissant. Probablement qu'il aurait tenté quelque chose malgré tout. Quitte à se faire congeler sur place ou assommer dans un coin, ça aurait mieux valu qu'attendre sagement qu'on lui rende sa liberté de mouvements. Il détestait être entravé.
Sourd ou indifférent aux explications de Leandre, donc, le jeune homme maudit en silence le hasard et les intempéries. Sa discrétion d'ordinaire plus fiable et tous les foutus humains installés à l'ouest y passèrent aussi ; c'était pas possible d'enchaîner les problèmes à ce point-là, sérieusement. En plus d'avoir été surpris par la pluie, il avait fallu qu'il fasse du bruit après être rentré dans le grenier d'une maison appartenant à, oh, surprise, des humains – humains dont le fils ou la fille avait décidé de venir lui dire bonjour et s'inquiétait maintenant de savoir s'il mangeait suffisamment. C'était. Totalement. Nul. Parmi les choses qu'il détestait le plus, attirer sympathie ou pitié de la part d'une race qu'il considérait lui-même comme plutôt pitoyable figurait en bonne position.
Quand les enfants commencent à vous demander si vous mangez assez, il est grand temps de vous poser la même question.
Sourcils froncés, morose, l'Esprit écouta son hôte répéter que personne ne jetterai personne dehors. Pas toi, oui ; il restait persuadé que ses parents n'auraient pas été du même avis. De toute façon, il ne comptait pas déranger ou s'éterniser plus que nécessaire. Profiter des autres ne lui posait pas plus que ça de problèmes de conscience, mais il avait sa fierté malgré tout. Entre accepter l'aide qu'on lui offrait et clamer qu'il pouvait se débrouiller tout seul, la balance penchait toujours dangereusement d'un côté puis de l'autre. C'était pour ça, sûrement, qu'il n'acceptait les mains tendues qu'une fois sur deux. Pour équilibrer. Rester au clair avec lui-même. Se donner l'impression qu'il n'était ni borné ni dans le besoin, aussi – alors qu'aucune des deux définitions ne lui était franchement étrangère. Admettre avoir faim lui aurait arraché la gorge.
Pour ce qui était de s'enfuir, en revanche, il voulait bien le croire. De là à pouvoir le faire sans risque quoi que ce soit, c'était une autre histoire.

« Pas toi, répéta-t-il avec calme et sérieux. Sauf que si tout le monde était généreux et honnête, je serais pas dans un grenier. »

Non. Si le monde avait été parfait il aurait certainement été chez lui, à apprendre le travail de son père, de sa mère, à aider pour les repas et perfectionner sa maîtrise de la glace sur le perron. Seulement la vie n'était pas parfaite, personne ne l'était et un simple détail suffisait parfois à faire tout basculer. Lui, par exemple, n'était pas « quelqu'un de bien » à proprement parler : alors si ces humains en étaient, le mettre dehors n'aurait été que justice. C'était comme ça. Les règles du jeu lui convenaient. Il fallait bien que tout ça ait un semblant de logique.
Une main devant sa bouche, il étouffa un bâillement qui se mua finalement en éternuement – et cette saleté de pluie était la fautive, bien sûr, comme toujours.
S'il avait pu la congeler sur place...

« Bref. » D'un geste souple, il appuya sur ses pieds et se remit debout. « Moi c'est Rhys. Maintenant qu'on a bien fait connaissance, qu'on est amis et tout ce qui va avec... »

A pas discrets, vigilant à ne pas heurter le moindre meuble, il avança jusqu'à s'arrêter à proximité de la trappe ouverte. Ça valait le coup d'essayer. Ça se tentait.
Après avoir rallumé une faible lumière au creux de sa main levée à hauteur de son visage, il désigna l'étage inférieur d'un signe de tête.

« Tu peux retourner faire ta vie en bas, si tu veux. Puisque tu me dénonceras pas. »

N'est-ce pas.
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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   Mer 24 Juil - 3:55

La supposée justice et le bien-être du monde étaient autant de sujets sur lesquels il n’était dans l’intérêt de quiconque de lancer Leandre Callandra. Les discours pontifiants n’étaient pas son genre, pas plus que les longues tirades passionnées aux allures de monologue tragiques ; toutefois certains thèmes l’inspiraient un peu plus que d’autres. Ce n’était tout de même pas de sa faute, pas complètement à tout le moins si voir ces gens pessimistes et tristes comme des pierres lui faisait monter les larmes aux yeux en plus de lui donner une envie, irrépressible il fallait le croire, de les consoler au plus vite. Muni des meilleures intentions au monde, armé d’un sourire courageux à brandir en cas d’extrême urgence, le gamin partait en croisade contre la misère et le malheur. Qu’on lui demandât ou non son avis, voilà qui semblait tout à coup bien accessoire.

Le regard rivé au sol, il se mordit la lèvre et esquissa l’ombre d’un sourire, discret et abattu. On avait donc chassé cet homme de chez lui ? Que lui était-il arrivé pour charger ses paroles d’une telle amertume ? Les pires scénarios défilaient avec une précision effrayante dans l’esprit du jeune garçon. C’était stupide, n’était-il pas ? Il ne disposait pas du moindre moyen de connaître son passé, ni rien de ce qu’il avait traversé et malgré ce constat affligeant, Leandre ne pouvait s’empêcher d’exhaler une compassion étouffante. Je ne suis pas responsable de ça, se défendit-il une fois de plus. Taper sur les nerfs de leur invité surprise et éventuellement, peut-être, quelque peu indésirable ne figurait pas dans les plans de l’Humain. Le contraire eût été bien plus seyant, en soit ; enfin.

Le brun se redressa avant de se rétablir sur ses pieds. De son côté, Callandra écarquilla les yeux, tenta de reculer ou de se fondre dans la paroi derrière son dos ; sans succès probant, sans succès du tout. Une seconde pour paniquer, l’autre pour rationaliser et une dernière pour se calmer. Le petit n’eut pas le temps de se poser de questions ni d’ébaucher d’hypothèses branlantes que l’autre reprit la parole, balayant du même coup les peurs idiotes de son vis-à-vis –pas encore assez stupide pour ne pas craindre pour sa pauvre petite vie :

« Moi c'est Rhys. Maintenant qu'on a bien fait connaissance, qu'on est amis et tout ce qui va avec... »

Sourire maladroit, parole ravalée en deux temps trois mouvements : c’était tout de même un joli prénom, Rhys. Il se demanda un moment comment orthographier la chose et laissa tomber l’idée aussitôt, jugée franchement peu pertinente et pour cause. Leandre releva le menton, plus confiant à présent qu’il connaissait le patronyme de l’intrus qui, ironie ou non, l’avait gentiment nommé son ami. Eh bien ! On ne faisait aucun mal à une personne capable de vous reconnaître, moins encore si elle avait en tête votre identité –ç’aurait été stupide, pas vrai ? Rassuré, il suivit du regard le mouvement de son compagnon et fronça les sourcils lorsqu’il éternua. Voilà, le bougre était tombé malade à être trop buté. Pour un peu, Leandre lu eût lancé que c’était bien fait. Que voulait-il de lui ? Qu’attendait-il ?

Le gamin n’eut pas longtemps à attendre. Rhys ouvrit la trappe et lâcha, comme s’il se fût agit de la déclaration la plus normale au monde :

« Tu peux retourner faire ta vie en bas, si tu veux. Puisque tu me dénonceras pas. »

Suspicieux, Leandre ne se leva pas. Sans l’air ahuri et méfiant qui déforma ses traits, on eût légitimement pu douter que les mots de l’Esprit se fussent frayé un chemin jusqu’à ses oreilles. Une seconde passa sans qu’il répondît, puis une autre. Son hésitations paraissait sans fondements, mais elle était bien là. Ce pouvait être un test comme ce pouvait être une proposition honnête motivée par la nature conciliante de ce type comme ce pouvait être un piège odieux pour le frapper derrière la tête. Pas que cette théorie eût sa préférence. Il n’aurait pas eu besoin de faire preuve de ce genre d’ingénieuse mesquinerie pour le mettre hors-jeu, Callandra ne s’en rendait que trop bien compte.
Il fallait faire un choix. Un raclement de gorge, une légère toux fit basculer la balance en la faveur d’un acquiescement silencieux. Sans se relever entièrement, il avança à quatre pattes jusqu’à la trappe, jeta un regard inquisiteur à Rhys et lui offrit un sourire reconaissant.

« Vous êtes s… Euh, enfin, se reprit-il, peu désireux de l’inciter à revenir sur son idée, merci beaucoup. »

Doucement, Leandre se glissa par l’ouverture, pensif, le visage levé vers son interlocuteur. Ses pieds n’étaient pas assurés sur les barreaux de l’échelle et il se rendit compte que ses mains tremblaient. Il s’était fait une belle frayeur.
Suffisamment grande pour qu’il se posât de sérieuses questions sur son instinct de conservation et l’intelligence douteuse de sa décision alors qu’il remontait le long de l’échelle, une assiette sur le bras et une fine couverture sous le coude. Stupide petite chose ; mais cet éternuement, faute de mortellement l’inquiéter, ne lui avait pas échappé non plus. De sa main libre, il frappa trois coups hésitants sur le battant.
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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   Sam 3 Aoû - 5:55

Yeux fixes, regard insistant mais impossible à suivre, Rhys se demanda si l'autre allait oui ou non se décider à bouger. Ça aurait quand même été un comble, de devoir l'attraper pour le forcer à descendre ; n'importe quel otage aurait sauté  de joie à l'idée d'être enfin libre, non ? C'était définitivement mieux que rester terré dans un coin à inspirer amoureusement de la poussière. Pour sortir il fallait passer à côté de lui, d'accord, mais ce n'était pas comme s'il avait une arme en main – et ça, l'humain devait parfaitement le savoir. Ç'aurait été aberrant. Le contact physique n'était pas nécessaire, dans son cas, pour faire mal à qui que ce soit : caché ou à deux centimètres, le danger restait le même. Alors bougera, bougera pas ? Il était prêt à gronder et taper du pied pour le faire réagir, s'il le fallait. Quitte à le rafraîchir ou le terroriser un peu, il n'était franchement plus à ça près. Hormis la discrétion il n'avait après tout aucune obligation à tenir envers son otage – si ce n'étaient celles que son bon sens lui dictaient, bien entendu. Le tabasser aurait été complètement stupide.
Avec ce que le jeune homme imagina être une certaine prudence, Leandre se faufila finalement jusqu'à la trappe. Il était certainement le seul dans cette pièce à pouvoir certifier du bien-fondé de ses propres intentions, mais c'était plus que suffisant. Le pousser violemment en bas ou le jeter par la fenêtre n'était, sauf retournement extrême de situation, pas dans ses projets. Beaucoup trop de dégâts pour pas grand chose.
Dès que l'averse cesserait, il filerait comme il était venu. Sans tuer personne.
Après un bref remerciement, la silhouette du gamin disparut petit à petit vers l'étage inférieur. D'un mouvement de poignet, Rhys se replongea dans le noir ; un « clac » plus tard, il était à nouveau seul avec lui-même. A pas plus assurés que la première fois – et sans se cogner contre un quelconque meuble, Dieux merci – l'Esprit revint à la place qu'il s'était attribué dans ce grenier. Ses gants et sa veste, toujours posés dans leur coin, furent translaté sur un meuble sous la lucarne. Son ex-otage avait beau sembler sincère dans son inquiétude, mieux valait rester prudent. Par peur ou par rancune, peut-être irait-il le dénoncer sur champ ; il se pouvait aussi que quelqu'un ait entendu du bruit et que, trop sincère ou juste bêtement honnête, il ne se retrouve à expliquer la situation de façon un peu trop claire. Qu'en savait-il, au juste ? Il ne le connaissait pas assez pour lui faire ou non confiance. Il n'était même pas sûr que ce soit un garçon, en fait. C'était dire.
Lèvres étirées sur une paresseuse indifférence, Rhys reprit ses gants et les agita devant lui. Le tissu était encore désagréablement humide, mais ce n'était pas catastrophique. Son pull ne sécherait pas entièrement de sitôt, en revanche – si bien que le jeune homme songea un moment à le remettre sur son dos en l'état, au cas où il devrait rapidement passer sur le toit. Entre porter un truc humide et sortir en débardeur sous la pluie... Les deux options semblaient se valoir question mauvaises idées. En admettant qu'on ne revienne pas le déranger, le mieux était sans doute de ne se rhabiller qu'au dernier moment : par pur excès d'optimisme, il laissa donc sa veste se reposer encore un peu. Le prix d'une erreur ne serait pas colossal. Il pouvait se le permettre.
Lassé de se tenir debout, l'esprit se hissa sur la commode près de ses affaires. Le silence lui renvoyait des échos rassurants : il aurait pu aller jusqu'à croire que toute cette histoire de meuble heurté et de visiteur surprise n'avait été qu'un mauvais rêve, tant la pièce était redevenue tranquille. Le bruit de la pluie frappant la vitre, apaisant, aurait presque pu faire une berceuse convenable.

Toc, toc, toc.

Y'a personne, grinça Rhys entre ses dents. Et s'il ne pensa pas à ouvrir la fenêtre pour partir sans demander son reste – aucune envie qu'on catalogue son visage comme étant celui d'un dangereux délinquant – ce fut uniquement parce que ça n'aurait eu aucun sens. Trois coups, c'était une demande polie à ce qu'on ouvre la porte ; sa mère était sans doute extrêmement aimable, rien à dire sur le sujet, mais de là à demander la permission avant de le déloger, il avait comme un doute. Ses bottes heurtèrent le plancher et, sourcils froncés, il revint en ligne droite vers la trappe. Soit cet humain était complètement tordu, soit sa mère était dérangée. Au choix.
Le bois grinça ; dans la famille masochistes, je demande l'enfant.

« … Tu te fous de moi, c'est ça ? soupira-t-il en passant sa main derrière sa nuque. C'est pas... »

Croyable. La fin de sa phrase se termina sur un grommellement incompréhensible.

C'était à s'en demander qui des deux aurait été le plus fautif si, là, maintenant, il avait finalement décidé de lui faire du mal.
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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   Mer 7 Aoû - 17:38

A la seconde même où ses phalanges heurtèrent le battant, le petit regretta sa décision. C’était plus que stupide et allait loin au-delà de l’imbécilité crasse qu’il se reconnaissait parfois. A l’occasion, il lui arrivait de réfléchir bien longtemps pour bien peu de choses et un résultat toujours plus fumeux. Chaque pas en direction de l’échelle avait miné un peu plus les certitudes qu’il s’était si durement forgées. Tant d’efforts pour du vent, pour que ses genoux s’entrechoquent et que sa voix prenne la poudre d’escampette ! Leandre ne parvenait pas à trouver cela juste : un peu de courage n’aurait pas été de trop dans ce cœur faiblard, mais il ne faisait que battre la chamade sans raisons, cognait dans sa poitrine avec une force qu’on ne lui connaissait que lorsqu’on n’avait pas besoin d’elle. C’était vraiment pas juste, songeait son infortuné propriétaire en plaquant un drôle de sourire sur ses lèvres grimaçantes. Il tendit l’oreille, attentif au moindre bruit. Des pas légers et des frottements, il déduisit que quelqu’un logeait toujours au-dessus de sa tête –et puisque son grenier n’était pas encore un repaire malfamé de voleurs en tous genres eh bien, ce devait être Rhys. Il ne s’était pas enfui comme un courant d’air humide dans la pluie.

Callandra n‘eut pas le temps de se demander si cette nouvelle le soulageait ou nouait son estomac que déjà la trappe pivotait. Dans la paupière sombre découpée au plafond, la silhouette de l’intrus se détachait et son visage, incrédule, ne laissait rien présager de bon au goût de son hôte attentionné. D’abord silencieux, il maintint son sourire pour le brun, décidé à lui prouver qu’il n’était armé que de bonnes intentions. Parfaitement, jura-t-il, je lui donne tout ça et je file aussitôt. Il ne pensa pas un instant qu’on pût ne pas le laisser faire ; eh quoi, ç’aurait été stupide après l’avoir laissé partir si facilement ! Le lui avoir commandé même. Il misait sa vie sur un souci de cohérence et ne paraissait pas seulement en être dérangé. Inquiet malgré tout, il ne se sentit guère mieux alors que la voix de l’Esprit brisait le silence :

« … Tu te fous de moi, c'est ça ? C'est pas... »

L’expression faussement enjouée du gamin partit rejoindre les derniers mots de Rhys dans le vaste monde de la déconfiture. L’air décidé, il posa l’assiette sur le sol, monta encore d’un barreau et tendit la couverture, se tenant d’une main à la barre verticale de l’échelle.

« Tenez, dit-il avec un aplomb fort discutable. Vous n’aviez pas l’air bien. Ils ne sont pas empoisonnés. »

Et évidemment, vivre avec cet horrible poids sur la conscience l’eût tué : le pauvre garçon, enrhumé, quelle tragédie sans précédents ! L’idée de laisser un inconnu greloter de froid et mourir de faim à quelques mètres de lui ne réjouissait pas Leandre ; revenir se jeter dans les bras de son ravisseur non plus. De deux maux il avait choisi le moindre –et ce n’était pas de sa faute s’il était déjà colossal. Peut-être devrais-je m’excuser au moins, décréta-t-il en son for intérieur. C’eût été la moindre des choses en de telles circonstances. Ou le rassurer ; il n’était ertes pas un menteur émérite mais sa discrétion avait été sans faille.
Pas de problème pour la couverture qu’il avait emprunté sans trop le demander et qu’un « j’ai eu froid » justifierait à merveille en cas de besoin. Quant aux quelques gâteaux dont la disparation n’aurait su passer inaperçue cette fois-ci, il en faisait son affaire. Le tout était de ne pas aller raconter à Florian qu’il les avait manqués. Démonstratif dans ses peines de cœur, une petite crise de nerfs était à redouter dans le pire des cas. Mais vraiment, qui se fût sincèrement plaint que Leandre mangeât un peu plus que d’ordinaire ! Ce ne pouvait pas être un mal.

Et il ne pouvait vraiment pas laisser Rhys dans un état pareil –état qui, dans l’esprit du jeune garçon, prenait des accents pathétiques un peu trop prononcés.

« Désolé. Je voulais juste, enfin je n’allais pas vous laisser comme ça non plus… Mais personne ne se doute que vous êtes là, ajouta-t-il avec une pointe de fierté. Je ne l’ai pas dit, vous voyez ? Enfin, voilà, vous pouvez rester de toute façon, euh… Vous préférez que je vous laisse, peut-être ? »
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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   Mer 28 Aoû - 16:19

Lorsque l'assiette heurta doucement le bois, la perplexité de Rhys grimpa en flèche. Alors quoi ? Il était revenu prendre son goûter à côté de lui, histoire qu'il ne se sente pas trop seul ? Curieusement, l'Esprit doutait que cette réponse soit la bonne. La couverture qu'on lui tendit confirma ses craintes. Sérieusement – est-ce qu'il avait à ce point l'air d'un animal perdu ? La simple idée de donner l'impression d'avoir besoin d'aide le fit se crisper de haut en bas. Il détestait ça. Il était grand et savait parfaitement se débrouiller tout seul : la charité, il n'en voulait pas. Par fierté uniquement, le jeune homme aurait été tout-à-fait capable de donner un coup de pied dans l'assiette avant d'exécuter un demi-tour agacé vers la fenêtre. Il se connaissait suffisamment pour s'en savoir capable. Et puis ce n'était pas comme si attraper un rhume ou une crampe d'estomac allait le tuer, non ? Non. Le jeune homme avait connu pire et, même dans ces moments-là, il lui arrivait d'être trop borné pour accepter immédiatement l'aide qu'on pouvait lui proposer. La fièvre avait tendance à accélérer le processus.
A la mention de poison, Rhys se décida enfin à saisir la couverture. Ni animosité ni gentillesse dans ce geste qu'il considérait plutôt comme un compromis ; fierté ou non, il n'avait aucune envie de s'attirer plus d'ennuis que nécessaire. Il le faisait avec joie lorsque c'était justifié mais, ici, ça n'en aurait pas valu la peine. Ne pas aimer les humains ne lui donnait pas le droit de systématiquement faire de leur vie un enfer. Il se pensait plus intelligent que ça. Alors si ce Leandre voulait l'aider, d'accord – qu'il fasse sa bonne action de la journée et le laisse tranquille, ce serait parfait : l'un ne mourrait pas de froid, l'autre serait rassuré, tout le monde serait content et fin de l'histoire. C'était presque lui qui faisait une faveur à son hôte, en fait. Presque.
L'indifférence des autres était nettement plus facile à gérer que leurs élans de générosité inquiète. Ou de pitié, se corrigea-t-il machinalement. Soucieux d'effacer de son visage les traces de gêne que la pénombre aurait pu laisser apparentes, il lança un regard suspicieux à l'assiette. Honnêtement, l'Esprit ne pensait pas que cet humain soit allé jusqu'à lui ramener de la nourriture empoisonnée pour le faire arrêter plus facilement ; ça aurait été prendre beaucoup de risques pour pas grand chose. A la limite, il aurait presque préféré que ce soit le cas. Mais ça restait peu probable. Trop peu probable. Improbable.

Est-ce qu'il pouvait prétendre le contraire pour refuser son aide... Il se le demandait.

« Désolé. Je voulais juste, enfin je n’allais pas vous laisser comme ça non plus… Mais personne ne se doute que vous êtes là. Je ne l’ai pas dit, vous voyez ? Enfin, voilà, vous pouvez rester de toute façon, euh… Vous préférez que je vous laisse, peut-être ? »

Était-il censé le remercier ou le traiter d'idiot ? Un peu des deux, sans doute, trancha-t-il en passant avec réticence la couverture autour de ses épaules. Le contact sec contre sa peau lui tira un frisson – et pas de désapprobation. Évidemment, que c'était agréable. C'était bien là le problème. Rhys n'avait aucun mal à rendre la monnaie de leur pièce à ceux qui le provoquaient : ceux qui l'aidaient, en revanche... Comme remercier un humain d'une tête de moins que lui l'aurait probablement tué, il s'abstint. Après tout, il ne lui avait jamais rien demandé. Il n'avait aucun compte à lui rendre. Rien du tout.

Foutue pluie.

« … Fais ce que tu veux, répondit-il dans un soupir. T'en fais déjà qu'à ta tête, de toute façon. »

Après avoir décrété que prendre la couverture mais pas la nourriture était un compromis valable, le jeune homme faillit faire demi-tour pour retourner dans son coin ; puis, finalement, il changea d'avis. Maintenant que c'était là, autant en faire quelque chose. Pensif, il plia les genoux et saisit un gâteau entre ses doigts pour l'observer. Il avait tendance à manger sans trop se préoccuper du goût, donc il ne s'inquiétait pas pour ça. Mais cette histoire de poison, vraiment...

« Manges-en un d'abord. On sait jamais. »

Les risques étaient tellement faibles que c'en était ridicule, mais il préférait encore vaguement partager plutôt que se faire offrir quoi que ce soit. Et puis oui, on ne sait jamais.
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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   Lun 30 Déc - 9:03

La perplexité ne tarda pas à chasser la surprise du visage de Leandre : il ne s’était pas attendu à cette réponse et, faute de le clamer à haute voix, le pli dubitatif de sa bouche transmettait le message avec autant d’efficacité. Ce qu’il voulait, ce qu’il voulait, c’était bien joli, mais ce n’était pas très clair –les choses ne l’étaient pas souvent pour lui, qu’on le traitât d’imbécile si on y tenait. La force de caractère n’était pas la marque de fabrique du gamin, qui pensait toujours s’en sortir à bon compte quand on lui dictait sa conduite. C’était une habitude à prendre, lorsqu’on connaissait son manque d’initiative –alors, de là à dire qu’il n’en faisait qu’à sa tête, c’était un peu fort. Il ne savait pas sou quel angle prendre le problème et l’observait sous toutes les coutures, sans savoir exactement ce qu’il pouvait chercher dans ces quelques paroles jetées à la volée. Sa tête lui avait crié, d’un ton précipité, de se terrer dans sa chambre jusqu’à ce que mort s’ensuivît pourvu qu’il ne se mît plus en danger de la sorte ; il était pourtant là. Il n’en faisait pas qu’à sa tête ; il ne comprenait vraiment pas. Pour cela, il eût fallu essayer un peu plus fort. La situation ne s’y prêtait pas. Il pria avec ferveur un instant que Rhys lui dît de descendre, ou de s’asseoir, pour ce qu’il en savait, enfin, bref, allons, qu’il dît quelque chose. Ce qu’il fit, mais qui n’aida pas le petit –oh, pas le moins du monde.

Callandra avait souri lorsque l’inconnu avait saisi la couverture ; il avait souri lorsqu’il s’était emparé d’une main suspicieuse du gâteau. Il sourit beaucoup moins lorsqu’on lui demanda, ô si poliment, d’en avaler un pour être sûr. Son estomac ne lui faisait pas de misères, mais savait-on jamais. Bien sûr, il n’y avait pas de poison –le problème, c’était plutôt lui. Trop d’émotion avaient mis son corps à rude épreuve, ses genoux en flageolaient encore. Manger dans des circonstances pareilles risquait de le rendre vert –assez littéralement, malheureusement. Si le brun croyait à du poison, ce serait très mal parti, parce qu’enfin, il devait être mort de faim, le pauvre homme. Leandre s’en rendait compte : cet air antipathique qui devait être usé, et puis dieu seul savait quoi d’autre. Sa nature d’optimiste devant l’éternel n’était pas à exclure, mais il n’y songea pas.

Hésitant toujours, le gosse s’assit comme il put, en tailleur et, s’il vous plait, sans piper mot. S’il ne mangeait pas, l’autre n’en prendrait pas non plus, de toute façon. La cuisine de sa mère était excellente, ç’aurait été un véritable gâchis de ne pas y goûter. Il en attrapa un, le coupa en deux parts à peu près égales et reposa la plus grosse sur le plat –trop point n’en faut, récita une petite voix raisonnable dans sa tête, trop heureuse d’être enfin entendue. Leandre était rompu à l’exercice : il jouait souvent les pique-assiettes plus que les lords amateurs de bonne chair.

« Je peux peut-être rester –un moment. Mais si ça vous dérange, tempéra-t-il de toute urgence, dites-le tout de suite, et je m’en vais. Il n’y pas de poison. »

Il lui adressa un sourire et mordit dans le biscuit, un « vous voyez » tapissé sur ses prunelles. Désireux malgré lui de lancer la conversation, il passa en revue les sujets sensiblement sensibles chez un sensible nombre d’individus depuis un moment et les écarta d’emblée. Quelque part en lui, l’idée qu’au moindre geste de travers cet homme pouvait faire éclater jusqu’au plus insignifiant organe de son corps demeurait, insidieuse et, quoiqu’il ne le reconnût pas, assez éternelle dans son genre.

« Alors, vous… Je suis désolé, c’est pas très rangé, déclara-t-il en jetant un regard désolé à cette fameuse chaise-à-trois-pieds, qui se mourait là depuis une éternité comme pour appuyer ses propos, finalement au moins utile à autre chose qu’à faire parler Florian et promettre en l’air à leur beau-père. On a promis à mon frère de la réparer, mais y a jamais le temps. »

Quitte à parler pour ne rien dire, pourquoi le faire à moitié. Leandre ne s’en rendait en revanche qu’à moitié compte.
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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   Sam 18 Jan - 2:34

Ce que ça pouvait être vicieux, la gentillesse ; bien pire que le supposé poison dont il faisait semblant de croire que ces gâteaux étaient enduits. Vous étiez là, à vous mêler de vos affaires –  voire à tremper dans deux trois trucs pas exactement honnête – et d'un coup quelqu'un se sentait obligé de vous tenir la porte ; de mettre une pomme de plus dans le sac, comme si de rien n'était. C'était profondément ennuyant. Ennuyeux. Faire demi-tour en pestant revenait à être ingrat, accepter était gênant. Aucune porte de sortie valable. Rhys avait beau savoir que c'était juste de la fierté mal placée, parce que ça n'avait vraiment rien de compliqué de dire « merci » ou d'attraper un foutu biscuit sans en faire toute une histoire, certaines choses n'étaient malheureusement pas prêtes de changer. Il n'avait aucune envie de recevoir de l'aide. Ou, plus exactement, d'avoir besoin de l'aide en question – il avait toujours su se débrouiller seul. Son regard fixe, vide, détailla le visage de l'humain sans gêne aucune. Il ne pouvait pas savoir qu'il le regardait, de toute façon. Supérieur sur tous les points. A supposer qu'il eut été blessé, affamé et en passe de devenir un glaçon plus mort que vif, l'Esprit n'était pas certain qu'il aurait été capable de demander de l'aide ; c'était plus vraiment une bonne chose, à ce stade. Tant pis.
Sans plus bouger les yeux, il abandonna son hôte affairé à s'asseoir pour plutôt observer le gâteau qu'il tenait toujours dans sa main gauche. Ça n'avait pas l'air mauvais. La maîtresse de maison avait dû les préparer en pensant que ce seraient ses enfants qui les mangeraient, pas un squatteur indésirable : même si l'initiative venait d'un des enfants en question, ça n'aurait pas été exactement correct de sa part d'y toucher. Enfin, trop tard pour celui-là, songea-t-il en réprimant un soupir. Touché pour touché, autant en faire quelque chose de concret. Quelque part, malgré tout, ça le dérangeait. De très vagues restes de politesse, peut-être. Quelque chose de cet ordre. Ce n'était pas sa mère qui risquait de lui préparer des trucs comme ça, heh.
Et s'il continuait d'être aussi puéril, la pâte allait finir par avoir comme un arrière-goût de jalousie sous la dent.

« Je peux peut-être rester – un moment. Mais si ça vous dérange, dites-le tout de suite, et je m’en vais. Il n’y pas de poison. »

Non, vraiment ? Nouvelle du siècle. Ce n'était pas comme si Leandre l'humain-avec-ou-sans-e n'avait pas déjà montré à mille reprises qu'il était la personne la plus gentille, aimable, désintéressée et arrangeante au monde – bien sûr qu'il serait parti et qu'il n'y avait pas de poison. Ça ou, franchement, Rhys avait de quoi applaudir ses talents en matière de comédie. Un vrai sans faute avec prise de risque et tout ce qu'on veut pour couronner le tout. Chapeau bas.
L'autre avait mordu dans le gâteau sans être pris de convulsions ni devenir plus blanc encore ; super. Merveilleux, même. Puisqu'il lui avait ramené une couverture et de quoi manger alors que ça ne lui apporterait strictement rien sinon des ennuis, l'Esprit jugea qu'il pouvait bien faire l'effort de rester là ne serait-ce que deux minutes en retour. Ce serait plus aimable que se tirer dans le fond de la pièce sans dire merci. Content ou pas, ça ne lui aurait pas apporté grand chose de démontrer à ce petit machin vert que tout le monde était cruel et sans scrupules. On grandit bien assez vite comme ça.
A défaut d'autre chose, il plia donc les jambes pour mimer la pose de son vis-à-vis.

« Alors, vous… Je suis désolé, c’est pas très rangé. » A son tour, il mordit dans son biscuit. « On a promis à mon frère de la réparer, mais y a jamais le temps. »

Son regard suivit machinalement celui de Leandre ; y rencontra celui, nettement moins expressif s'il en est, d'une vieille chaise en bien sale état. Vraiment ? Il comptait lui faire la conversation sur une chaise bancale ? Sans le vouloir, il laissa un début de rire filtrer d'entre ses lèvres entrouvertes. Il aurait tout le temps de mettre ça sur le dos de l'incrédulité ou de la fatigue plus tard – en attendant, c'était tout simplement drôle.

« Une chaise ? » On ne sait jamais, hein, des fois qu'ils ne parleraient pas de la même chose. « A qui on promet de réparer une chaise... C'est qu'un vieux meuble. Démolissez la. »

Les enfants faisaient des obsessions bizarres, parfois, d'accord – mais sur des jouets, pas sur des chaises. Du moins n'avait-il encore jamais vu ça.

« Vous avez qu'à lui en donner une autre. Il s'en rendra peut-être pas compte, répondit-il en finissant son gâteau. Ça doit pas être dur à réparer, en plus. Faut vraiment pas être doué. C'est pas censé être un Esprit, ton père ? »

...Et qu'est-ce qu'il fichait dans un grenier à manger des biscuits en discutant de chaises avec un humain, au juste. Bordel.
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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   Dim 9 Fév - 21:12

Leandre opina du chef et tenta de déterminer si ce rire devait le réjouir ou le gêner. Par commodité, il décida d’opter pour cette première solution –force toutefois était de reconnaître que puisqu’il n’en était pas tout à fait certain malgré tout, cela revenait à continuer d’hésiter. Il n’y fit pas plus attention. L’invité semblait infiniment plus aimable une fois tombé cet air bougon ; le gamin se demanda pourquoi il lui avait collé une frousse pareille un peu plus tôt. Cela devait tenir à la surprise, à son flagrant manque de courage ou dieu seul savait quoi d’autre encore, la matière ne manquait pas. Il n’était pas entièrement rassuré, de longs laïus sur les désaxés rôdant dans les rues sans plus de logique que de pitié pour dicter leurs actes ayant fait leur œuvre quelque part dans son esprit pourtant prévenu contre toute attaque à ses doux espoirs d’un monde meilleur. Enfin, Rhys ne ressemblait pas à un fou dangereux, moins encore lorsqu’il faisait la conversation sur une chaise et daignait prendre un gâteau. Celui du petit humain gisait à moitié mangé dans sa main. Il ne le finirait pas tout de suite, quoiqu’il sût déjà qui, de sa répugnance naturelle pour le gaspillage et des protestations de son estomac, l’emporterait finalement.

Callandra ouvrit de grands yeux ronds lorsque le brun l’avisa de se débarrasser manu militari du vieux meuble. Certes, il n’avait plus si fière allure, et sans doute ne servait-il plus qu’à occuper de la place dans un grenier déjà bien rempli ; enfin, tout de même, c’était drôlement sévère ! Contrairement à ce qu’on eût pu croire, Leandre ne versait pas excessivement dans le sentimentalisme. La chaise ne lui rappelait pas franchement de souvenir à chérir jusqu’à la fin de ses jours comme à d’autres. Néanmoins, l’idée de la jeter le révulsait –Florian n’aurait pas aimé, et il avait toujours été gentil avec son frère. Comme un peu tout le monde, d’ailleurs. Il trouvait cela difficile de ne pas aimer Florian. Et Florian trouvait cela difficile de ne pas aimer une chaise cassée.

« Vous avez qu'à lui en donner une autre. Il s'en rendra peut-être pas compte. Ça doit pas être dur à réparer, en plus. Faut vraiment pas être doué. C'est pas censé être un Esprit, ton père ? »

Leandre l’écouta jusqu’au bout, hochant la tête ici et là. Sûr qu’il n’aurait peut-être pas fait la différence, mais ils n’avaient pas non plus un besoin urgent et crucial d’une nouvelle chaise –alors, en acheter une nouvelle, ce serait non. Quant à la réparation, il haussa les épaules. Rhys avait raison, sûrement. Cela dit, lui-même n’aurait pas eu la moindre idée de comment s’y prendre pour lui donner une nouvelle jeunesse. Loin de se désespérer de cette cruelle lacune dans ses connaissances, il songea qu’ainsi au moins, d’autres avaient du travail. Le sens de la dernière question lui échappa une seconde, comme l’indiqua traîtreusement la ligne qui barra son front entre ses sourcils. Le rapport, néanmoins, finit par le frapper gentiment avant qu’il ne passât pour le dernier des idiots.

« Si, répondit-il en jetant un coup d’œil à son biscuit délaissé. Mais je crois qu’il n’a pas beaucoup le temps, avec le travail. »

Un sourire plus franc glissa sur ses lèvres tandis qu’il poursuivait :

« En plus s’il voyait que c’est pas la même, ce serait vraiment l’enfer sur terre. Il faut dire qu'on ne monte pas souvent non plus, il faudrait y penser. » Ce n’était pas dans ses habitudes de jurer, mais ce mot lui échappa et il ne s’en rendit pas compte.
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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   Ven 4 Avr - 4:04

Travail, hein... Machinalement, Rhys jeta un coup d’œil en direction de la trappe. Lui qui s'appliquait toujours à jouer les vilains oiseaux entrait rarement par l'entrée pour mieux monter au grenier ; perché sur le toit, il n'avait pas fait attention à l'allure que pouvait avoir la maison vue de l'extérieur. L'autre n'avait pas l'air affamé. Pas super en forme non plus, cela dit – que ce soit dû à ses conditions de vie ou à un manque flagrant de chance à la naissance, difficile à dire. Enfin, quoi qu'il en soit, Leandre n'avait pas l'air spécialement dans le besoin. Aussi gentil soit-on, on ne nourrit pas les inconnus quand on peine à se nourrir soi-même. Question de bon sens. Après... Les métiers étaient aussi nombreux qu'ils lui semblaient restreints ; son père, sa mère, ils pouvaient faire n'importe quoi. Quel que soit le métier, manquer de temps était une maladie chronique chez ceux qui ne vivaient pas de leurs richesses. Fatiguant, hein. Passer son temps à trimer pour sa famille, qui trimerait à son tour pour la sienne. La vie avait de drôles façons d'être agréable.
Longue vie à la Reine, longue vie à l'argent.
Mains posées sur ses genoux, le jeune homme esquissa un sourire mi-figue mi-raisin ; un haussement d'épaules indifférent vint compléter sa peinture on ne peut plus parfaite du type désabusé. Ou, pire, inattentif. Pas qu'il ignorait ce qu'on lui racontait, pourtant. Il pouvait même compatir un peu : il savait pertinemment à quel point les cadets pouvaient être agaçants, d'autant plus s'ils étaient jeunes. Qu'ils soient hyperactifs ou au contraire amorphes n'y changeait malheureusement rien. Devoir être surveillés, nourris, couchés et sans arrêt rassurés les rendaient ennuyants au possible – et, surtout, compliqués à gérer. Pas étonnant que son père n'ait ni l'occasion ni l'envie de lui passer un caprice aussi stupide. Il y avait de la marge entre recoudre une poupée vite fait et sortir les clous et le marteau pour remettre un meuble en état.
Surtout si ce n'est pas le sien, d'enfant. Forcément.

Songeur, le regard de Rhys abandonna l'angle de vue que lui permettait ses yeux fixes pour retourner frôler ses affaires. Allez, l'opportuniste, trouve un truc. Quelque chose à tirer de cette conversation ; n'importe quoi. Il n'aimait pas plus avoir l'air démuni – l'être de façon visible – que risquer des ennuis dont il avait tout fait pour éviter la compagnie. La différence nette entre lui et les petits voyous de bas étage devait se trouver quelque part dans les parages. La confiance était aussi dure à gagner qu'à donner, il n'y pouvait rien – et ne voulait rien y pouvoir, de toute façon. C'était très bien comme ça.
Foutu pour foutu, l'Esprit attrapa un autre biscuit. Il aurait fallu ne pas prendre le premier, hein ? Manger donnait faim. Il le savait parfaitement. S'il n'avait rien ou presque sous la main, il préférait jeûner que grignoter. Alors tant pis. Puisque c'était cadeau, au fond, qu'est-ce qu'il pouvait bien en avoir à faire. Pour réparer ou préserver sa fierté il fallait commencer par pouvoir bouger les bras et se secouer la tête. Deux choses que, de mémoire, on ne peut pas faire si on ne prend pas un minimum soin de soi.
C'était se faire aider pour ne plus jamais avoir à l'être ; ça le serait à chaque fois. Chacun ses travers.

« Il a quel âge, sérieux, grommela-t-il plus pour lui-même qu'autre chose. Ça sert à quoi de garder tout ça si vous comptez pas réparer, de toute manière. Autant tout brûler, non ? »

Disant cela, l'Esprit réinvita une flamme de compagnie au-dessus de sa paume nue. Il allait finir par se cramer la peau à faire tout n'importe comment, mais que voulez-vous. La chaleur ne le passionnait pas.
Sans effort particulier malgré ses deux mains prises, le jeune homme se redressa ; mordit pensivement dans son quart de biscuit, l'air tout à fait profond et intellectuel. Son regard fit un bref détour sur la chaise, l'obscurité, le meuble qui l'avait heurté. Qu'il avait heurté. Aucune importance – de toute façon, c'était lui qui avait eu mal et le bout de bois n'était pas là pour raconter sa version des faits. Supériorité de l'être pensant prouvée.

« Ou sinon. »

Conscient que deviner où il regardait risquait de relever de l'exploit s'il n'explicitait pas, le garçon redirigea regard et yeux vers Leandre : d'un geste du poignet, il chassa chaleur et lumière pour designer la chaise.

« Je pourrais réparer ce truc. » Parfaitement détaché, il lança son gâteau en l'air et le rattrapa au creux de sa paume ouverte. « Par pure charité, tu vois. »
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MessageSujet: Re: « Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]   

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« Tout semblait rangé, vieux, et en ordre, d’autant qu’il pût en juger. » [PV : RHYS AHNAE'NSË]

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